Millésime 2011
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• Résumé du millésime et des éléments marquants de l'année
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Sueurs froides...

Le millésime 2011 nous aura donné bien des sueurs froides, et si, au cours de l’été la situation du vignoble était délicate, l’été indien qui s’est installé en septembre nous a permis de produire un très beau millésime.

Dès le printemps, les prévisions nous annonçaient une année très précoce avec des vendanges mi-août, et cela nous semblait dangereux. En effet, une vendange mi-août signifie une maturité qui arrive en même temps que les fortes chaleurs et, si la pluie s’en mêle, cela peut devenir très vite difficile à maîtriser.

Compte tenu de ce risque majeur, nous avons mis en place des mesures de prévention draconiennes : effeuillage drastique pour éviter l’humidité au niveau des grappes, vendange verte très sévère pour éliminer toutes les grappes mal positionnées, travail du sol réfléchi pour laisser la concurrence de l’herbe partout où c’est possible, palissages soignés, et une infinité de petits détails qui, pris séparément, sont insignifiants, mais ajoutés les uns aux autres peuvent faire basculer la situation du bon côté.

Nous nous sommes préparés tout l’été à un combat difficile….et, ce qui devait arriver, arriva : une première pluie mi-juillet fut extrêmement bénéfique, la terre en avait vraiment besoin ; une seconde fin juillet n’était pas indispensable mais sans conséquences, une troisième début août a mis en marche le compte à rebours, dès lors nous étions assis sur un baril de poudre… dont la mèche venait d’être allumée. Et pourtant la maturité annoncée très précoce n’était pas là du tout !

Comme quoi il faut toujours se méfier des prévisions, dans tous les domaines !

Le botrytis a donc commencé à se développer sur quelques parcelles isolées et nous avons débuté le combat contre lui. La meilleure façon d’agir dans ces cas-là étant de trancher dans le vif en coupant les grappes atteintes ou, si possible, les parties de grappes. Tout le personnel de la Mordorée s’y est mis et nous avons fait venir quelques vendangeurs très qualifiés pour nous aider. Nous avons pu ainsi contenir cette première attaque.

Puis, une vague de chaleur s’est installée avec des températures très élevées, mais sans vent malheureusement. La deuxième attaque à laquelle nous avons dû faire face était plus pernicieuse ; cette fois-là, ce fut ce que l’on appelle la pourriture acide : les baies blessées par le vent ou les insectes, sont colonisées par des drosophiles (moucherons) qui altèrent très rapidement la qualité. Il a donc fallu enlever totalement toutes les grappes touchées, car le jus de la baie touchée se met à couler sur les autres et rend la vinification très périlleuse. Il fallait vérifier chaque grappe en détail, enlever celles qui étaient abimées, et laisser mûrir les saines.

Honnêtement, malgré la fatigue engendrée par ce travail très long et méticuleux, il était difficile de bien dormir la nuit tant la situation se détériorait rapidement sur les parcelles touchées ; notre crainte principale était évidement que la situation ne se généralise.

Mais grâce à nos efforts, l’état sanitaire à la mi-août s’est stabilisé ; seulement quelques parcelles avaient été touchées, les autres restant parfaites. La maturité a recommencé à progresser et le 23 août nous avons pu vendanger des blancs exceptionnels, peut-être les meilleurs jamais produits au Domaine. Début septembre, le Mistral s’est installé, et à part quelques petites averses, le temps est resté très sec et chaud, nous avons pu faire les rosés. A partir de la mi-septembre nous avons débuté la vendange des rouges dans des conditions idéales. Tout n’était pas simple pour autant, car cette vague de chaleur a perturbé certains cépages, notamment le grenache, qui a eu beaucoup de mal à mûrir, et certaines grappes ont pris du retard. Il fallait donc trier les grappes insuffisamment mûres. Heureusement la récolte était bonne cette année, car, depuis très longtemps, nous n’avions pas autant trié (les quantités éliminées sont très importantes pour les grenaches) mais c’était indispensable pour avoir des vins harmonieux aux tanins mûrs. Dernière difficulté, et non des moindres, il y a normalement un moment optimal pour vendanger, le moment où les raisins ont atteint leur pic d’accumulation de couleur et de tanins ; ensuite cela baisse doucement, et si on vendange quelques jours après, la qualité est encore excellente, mais cette année, la chute après le pic a été vertigineuse.

Nous faisons évidemment partie de la catégorie des « vendange-tard » afin d’obtenir le meilleur du millésime. Mais cette année, il fallait être un « vendange au bon moment » et être très réactifs, en oubliant les expériences passées et en s’adaptant au jour le jour. Les cépages tardifs ont été beaucoup plus simples à récolter que les syrahs et grenaches. Mourvèdres et carignans sont exceptionnels. Les vendanges se sont terminées le 25 septembre.

En conclusion, il a fallu se battre, être malins, réactifs, extraordinairement exigeants, mais cela en valait la peine. C’est un superbe millésime en blanc et en rosé et très bon en rouge. Evidemment, à force de trier, la vendange, qui s’annonçait belle, est petite en quantité, mais la qualité est à ce prix. La volonté du vigneron, et sa capacité à prendre des décisions parfois difficiles, auront été des éléments déterminants pour obtenir des vins de grande qualité.

Le millésime 2010, lui, est au sommet de ce que la nature peut donner, lorsqu’elle le décide. Après élevage, les vins sont grandioses, gorgés de fruit et de tanins soyeux, un millésime d’exception qui fait partie de nos préférés par sa densité, sa fraîcheur, son potentiel de garde et son équilibre. Malheureusement c’est un millésime rare, avec les plus faibles rendements à l’hectare de la décennie.

Nous restons à votre disposition pour tout renseignement complémentaire et serons heureux de vous faire déguster les nouveaux millésimes.

Dans l’attente, veuillez agréer, Madame, Monsieur, l’expression de nos meilleurs sentiments.

Christophe DELORME

 

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