Merci
JOYEUX !
2008
aura été, pour nous tous, chaotique.
Il faut bien reconnaître que les mauvaises nouvelles se sont
enchaînées et que lespoir dun monde meilleur
paraissait quelque peu décalé par rapport au quotidien.
Et
pourtant, parfois, loptimisme renaît grâce à
un événement dont on nimaginait pas la portée :
le
printemps 2008 a été terrible pour nous : pluie,
humidité, chaleur tropicale, le mildiou qui est lun de
nos pires ennemis a proliféré comme jamais : le
service de protection des végétaux (organisme dEtat
qui existe depuis le début du xxème siècle) navait
jamais enregistré des conditions aussi propices à ce
champignon qui détruit le feuillage et les grappes.
Reconnaissons-le,
nous avons failli tout perdre. Le fait de refuser dutiliser
certains produits de traitement chimiques, que nous considérons
comme extrêmement néfastes pour les équilibres
naturels, nous a évidemment mis une pression supplémentaire.
Au
mois de juin nous étions au bord de la rupture, car la situation
se dégradait rapidement et la récolte semblait en grand
danger. Aucune bonne nouvelle ne venant nous réconforter, le
moral était au plus bas.
Léclaircie
est venue dune décision dont nous nimaginions pas
la portée :
il y a plusieurs années que je souhaitais faire un essai de
labour à cheval, et jai trouvé un « cocher-
laboureur » qui a pu venir mi-juin labourer nos vignobles
de Châteauneuf-du-Pape.
Ce
fut une révélation ! Non seulement le travail réalisé
était remarquable : il ne restait plus un brin dherbe,
mais cela se faisait en silence, sans énergie fossile, avec
une précision chirurgicale, un respect absolu de nos vieux
ceps centenaires, qui parfois ne survivent que grâce à
une petite racine.
Merveilleux
,
enchanteur
, une évidence !
Le
cheval, qui a 7 ans, est un magnifique comtois de 600 kilos, obéissant
au doigt et à lil à son cocher.
Un
moment déternité qui tranche avec cette sensation
de chaos qui nous saisissait.
Alors
oui, merci JOYEUX ! ( cest le nom du cheval ) pour
nous avoir redonné lespoir dun monde meilleur dans
lequel il serait possible de vivre en harmonie avec la nature même
lorsquelle sacharne.
Jai
donc décidé dacheter un cheval et dapprendre
à labourer, car cela fonctionne mille fois mieux que ce que
lon pouvait espérer. Ce nest pas du folklore, cest
une réalité étonnante et même déstabilisante
car tellement à rebours du monde moderne. Le progrès
nest pas toujours là où on le pense !
Finalement,
mi-juillet, le temps sest mis au beau et le mildiou a disparu,
laissant derrière lui beaucoup de cicatrices : une récolte
sensiblement diminuée et un épuisement des hommes et
du matériel.
Puis
fin août, début septembre, des épisodes orageux
se sont succédés avec une rare violence ; à
nouveau nous avons pensé que la récolte allait être
perdue, mais notre travail acharné au vignoble durant juillet
et août avec un ébourgeonnage et un effeuillage parfaits
de façon à aérer au maximum les grappes, a fait
toute la différence. Nous avons pu attendre patiemment le retour
du beau temps avec des températures très fraîches
et beaucoup de Mistral à partir de mi-septembre.
Les
raisins sont restés extrêmement sains, ont mûri
tout doucement et ont pu être récoltés à
maturité parfaite.
Tout
cela a été bien sûr facilité par notre
respect du sol, qui le rend extrêmement perméable et
capable de se remettre de tels événements de façon
très naturelle, on voit vraiment que le sol est vivant et réagit !
Finalement,
donc, nous avons une toute petite récolte : moins 25%,
mais de très bonne qualité : les mourvèdres
sont magnifiques et les autres cépages sont excellents.
Tous
les vins sont très équilibrés, avec beaucoup
de parfums. Et si la structure tannique savère moins
ferme quen 2005 ou 2006, elle est tout de même au-dessus
de la moyenne et les vins seront plus souples tout en étant
concentrés.
Les
vendanges se sont terminées le 7 octobre alors quelles
avaient commencé le 1er septembre, soit les plus longues et
les plus tardives que nous ayons connues.
Bien
sûr la crise financière a rajouté sa dose de stress
aux difficultés de lannée, mais la qualité
remarquable du millésime 2008, qui suit les excellents 2007,
nous permet de rester optimistes, car avec de tels vins en cave, nous
sommes certains de faire plaisir à nos clients, et, se faire
plaisir en ces temps compliqués, reste indispensable
2008
est aussi lannée des nouveautés :
-
Nous commençons à produire au compte-goutte notre fameux
CONDRIEU, planté en 2004 ; le coteau commence à
produire de toutes petites quantités de ce nectar unique, qui
ne sera pas commercialisé mais disponible à la dégustation
au caveau pour ce premier millésime ; nous considérons
que le vignoble est encore un peu trop jeune pour exprimer suffisamment
son terroir.
-
Nous créons une cuvée Reine des Bois de TAVEL, car,
au plus le temps passe, au plus nous sommes fiers de nos TAVEL qui
expriment désormais des qualités de complexité
et dharmonie qui méritent amplement de rentrer dans le
club de la « REINE DES BOIS ».
-Vous
pouvez aller sur notre site internet pour y trouver des tableaux de
maturité remis à jour, une recette inédite « le
bar à la Mordorée », des accords mets-vins,
ainsi que la vidéo du labour à cheval des vignes de
Châteauneuf-du-Pape.
Dans
lattente du plaisir de vous recevoir en nos chais de Tavel,
veuillez agréer lassurance de nos chaleureuses salutations.
Christophe
DELORME